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11645 palestones

C’était une fin d’après-midi orageuse durant un automne qui battait son plein, et voilà que nos deux silhouettes s’enfonçaient péniblement dans les sous-bois, sous une intense averse.

Notre avancée semblait de plus en plus périlleuse à mesure que la brise faisait rage. Alors que la brise ramenait les cordes d’eau sur nos deux figures crispées. Nous étions tous deux frigorifiés, car du vent , de l’eau glaciale arrivait sans peine à pénétrer à l’intérieur de nos anoraks, et ce malgré le fait qu’on s’était sur couverts de la tête au pied, la tête engouffrée dans nos capuches à fourrure.

Les conditions étaient cataclysmiques et tout nous incitait à rebrousser chemin pour regagner la chaleur de nos foyers respectifs. Mais mon amie Juliette restait persuadée que pour une raison obscure, ce jour ci, par un concours de paramètres inconnus, se trouvait être le seul où nous puissions profiter « Spirituellement » du lieu dans lequel nous nous rendions. Son intérêt pour l’histoire et la spiritualité était sans limite, et aussi m’étais-je porté volontaire pour l’accompagner dans son entreprise, lui retournant par la même occasion une faveur.

Nous avions quinze ans au moment des faits, si cela peut expliquer notre entêtement.


Nous avions tout juste quitté les sous-bois pour nous lancer dans l’ascension d’une pente escarpée par laquelle notre sentier continuait. Quand mon attention fut portée sur ces formes rocheuses de tailles diverses et variées, qui perçaient le sol du paysage environnant, elles semblaient avoir remplacé la végétation abondante d’en bas, car cette dernière s’était dissipée pour laisser place à un paysage rocailleux à l’aspect aride.

Ces masses rocheuses présentaient des formes plutôt peu anondines pour certaines d’entre elles, une en particulier eut l’air d’avoir le contour type d’une silhouette humaine imposante , heureusement qu’il y avait assez de luminosité pour n’y voir qu’un simple rocher.

Cela fut d’une telle distraction que je me surpris à glisser sur la paroi lisse d’un galet au sol, me retrouvant ainsi à quatre pattes, tentant tant bien que mal de retrouver mes appuis sur le tapis caillouteux et empli de boue dont était recouvert le sentier.

Je vis la silhouette encapuchonnée de Juliette se retourner et arborer une mine intérrogatif à travers ses longs cheveux noirs qui voletaient avec le vent.


- Ca va? Tu ne t’es pas fait mal ? Me demanda-t-elle, entrecoupée par les premiers grondements du tonnerre qui se déclaraient au-dessus de nous.


Je lui répondis que non après avoir bien pris soin de laisser siffler un soupir d’agacement.


- Allez Carl, courage, c’est juste derrière cette colline. Me dit-elle sur un ton galvanisateur.


Après m’être relevé non sans peine, et avoir constaté avec amertume que mes habits étaient maintenant salis en plus d’être mouillés. Je poursuivis la montée de cette pente aux côtés de Juliette, qui avait eu l’amabilité de m’attendre. Au bout d’une trentaine de mètres parcourus, nous arrivâmes au sommet, nous jouissions désormais d’un panorama sur ce qui nous attendait en contrebas.

Et c’était en effet là que se tenait ce dont pourquoi nous avions enduré tant d’inconfort.

Là juste en bas, au pied de la colline, on percevait un bosquet de conifères. A l’intérieur duquel, se contrastant avec la verdure des fourrés, se tenaient ces larges sinistres menhirs, taillés dans une roche affreusement pâle. On les avait plantés là en vertical, en formant un cerle qui devait avoir un rayon d’une vingtaine de mètres. Ils entouraient une large pierre plate, taillée exactement dans la même roche blanche, qui était posée pile au centre, et faisait penser à une sorte de table basse de fortune. De vieux pins majestueux procédaient à plafonner le site de leur longues branches tortueuses, contribuant à donner un côté peu rassurant à l’atmosphère des lieux.

- Nous y voilà, voici le bosquet sacré, lieu de pèlerinage de tout druide qui se respecte. Déclara Juliette, transcendée d’enthousiasme.


Seulement, qui dit monté, dit forcément descente. Et descendre un petit sentier recouvert de boux et de cailloux n’était pas chose aisée, qui plus est sous une pluie battante. Je n’avais nullement envie de réitérer ma chute d’un peu plus tôt. C’est alors avec grande précaution, que nous entamâmes nos premiers pas vers le site sacré.


Après avoir pris toutes les mesures possibles, quitte à sacrifier un peu de notre temps. Nous étions arrivés aux abords du bosquet sans encombre, et avions commencé à traverser toute l’épaisse végétation qui nous séparait du lieu. Cela fut aussi pénible, due à la prolifération d’ortie et de ronce dont étaient sujets les environs. Puis quelques égratignures plus tard, nous y étions enfin, foulant le pas sur un sol quasi nu où la végétation s’était réduite qu’à des touffes d’herbe par ci et là. Nous passions entre deux de ces menhirs blancs, qui paraissaient maintenant bien plus énormes et intimidants que d’en haut, avant de nous rendre au centre du cercle, où gisait cette mystérieuse pierre plate.


Notre destination finalement officiellement atteinte, c’est dans l’expression d’une fascination mêlée à une forme d’intimidation que nous nous étions mis à scruter les lieux, allant même jusqu’à faire des cercle sur nous-mêmes, pour ne pas omettre un seul détail de la scène.

Avec la nuit qui commençait petit à petit à tomber, le ciel s’assombrissait en conséquence. Allant jusqu’à commencer à dissimuler la blancheur des menhirs dans la pénombre, leur donnant dès lors l’aspect de grandes silhouettes sombres nous entourant de toute part.

Ce détail ne manqua pas de me donner la frousse, mais la présence de Juliette qui semblait impertubable et toujours aussi énergisante, avait l’aptitude de rassurer mes peurs.

Finalement, après une longue minute d’un silence d’où persistait uniquement le bruit incessant de la pluie, Juliette fut la première à prendre la parole.

- Bon et bien maintenant, place aux incantations. Bredouilla-t-elle avant de retirer son sac à dos trempé et de le poser sur la pierre centrale.

De son sac, elle retira ce qui ressemblait au premier coup d’oeil à ce qu’on pourrait appeler une vieille encyclopédie. Mais à la vue de la couverture, qui arborait des illustrations bien étrange avec des caractères semblant provenir d’un autre monde, je m’étais résolu que ça ne pouvait être une chose aussi anodine. C’était en fait un grimoire, qu’elle m’avait répondu après lui avoir posé la question.

- Un recueil de poèmes et de versets mystiques si tu veux. Clarifia-t-elle grossièrement.


Elle ouvrit l’ouvrage sur la pierre plate, puis le feuilleta à la recherche d’une page bien précise. Elle laissa échapper une petite exclamation de joie, après l’avoir trouvé.

- Carl viens, prends cette écharpe et tends-la juste au-dessus de ma tête. Je ne veux pas mouiller le livre. Me somma-t-elle avant de me tendre le long bandeau de tissu rosâtre.

Je vais être honnête, ça ne m’enchantait guère de jouer les assistants comme ça et d’être traité sur un ton qui commençait à pencher dans la condescendance.

Mais comme je l’ai dit plus tôt, je lui devais une faveur...


C’est donc que je m’éxécutai au dépit de mon orgueil. J’entrepris une figure ridicule, me tenant debout à côté de mon amie, tenant l’écharpe de mes deux mains au dessus de sa tête, en m’éfforçant de la tendre le plus possible.

Après un bref raclement de gorge, Juliette commença alors à siffler des mots à haute voix, dans une langue qui m’était inconnue, et que j’avais le plaisir d’entendre pour la première fois.

La terminaison des ces vers finissait fréquemment par des o et des ir, qu’elle prononçait avec dextérité, en n’omettant pas de bien faire rouler les r.


Sa voix stridante se résonnait à travers les solides surfaces des menhirs, donnant une note encore plus lugubre à l’atmosphère. Et que les minutes passèrent à écouter ses interminables poèmes sous la flotte, et dans une obscurité qui ne cessait de croître. Sachant que je commençais à sentir mes bras se tétaniser à tenir ce fichu chiffon, et l’absurdité de la situation commençait à sérieusement jouer sur mes nerfs.


« Okro’Hazir ! » Tel fut le dernier mot qui sortit de sa bouche avant de s’évaporer à travers les sous-bois, dans un ultime écho. Elle ferma l’ouvrage de ses deux mains et repris son écharpe toute trempée de mes mains. C’est alors que je la vis prendre une profonde respiration puis se mettre à contempler au loin devant elle, comme si elle s’attendait à voir quelque chose surgir dans les fourrés au-delà des menhirs.


Un lourd silence plana de nouveau, mais cette fois-ci ce dernier me paru réellement déstabilisant de par ce qui l’avait précédé. De nombreuses questions me taraudaient l’esprit, et j’avais suffisamment perdu patience pour ne plus avoir l’amabilité de me réserver à percer ce silence.


- Peux-tu me dire ce qu’on attend au juste? Ne devrait-on pas rentrer ? L’interpellais-je sur un ton las.


Elle se retourna et après m’avoir dévisagé à travers ses yeux bleus limpides, elle me rétorqua en chuchotant :

- Silence, l’invocation requiert le néant absolu...


Prenant cette dernière remarque désobligeante pour la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est dans un pic de colère que je lui dis ses quatre vérités.

- Ecoute, j’en ai ma claque de tes bêtises, et ton air hautain me fout en rogne. Maintenant je rentre avec ou sans toi ! 

Ce qui eut pour effet de nous engager tous les deux dans une petite querelle verbale, où nos deux voix contrariées firent fureur en plein coeur du bosquet.


Son principal argument faisait état de la dette que je lui devais depuis belle lurette, allant jusqu’à presque avancer que je lui devais une gratitude éternelle.

Les miens penchèrent davantage pour le bon sens et la raison, suggérant qu’au vu des conditions météorologique et la nuit qui pointait son nez, le mieux était de rebrousser chemin avant qu’un malheur ne nous arrive.

Chacun haussa le ton, campant sur sa position respective et refusant de donner raison à l’autre. Pour couronner le tout, les conditions anxiogènes exposées par l’averse impactaient nos deux humeurs de manière drastique, accentuant la fureur de l’un et de l’autre.

 

C’est donc que ce malentendu s’éternisa pour sembler ne jamais finir. Mais, alors que Juliette pointait ma prétendue ingratitude pour la énième fois, au terme de sa phrase, une série de craquements fit éruption en provenance des buissons à l’arrière du site.

Naturellement, nous nous retournâmes après avoir échangé un vif regard interloqué où flottait un soupçon d’inquiétude. Mais c’est un voile noir quasi complet qui nous fit face, car en dépit de nous, l’obscurité avait rapidement gagné en intensité lors de notre dispute. Heureusement, Juliette avait ramené une puissante lampe torche, qu’elle se précipita à dégainer au plus vite de son sac.

Aussitôt allumé, l’objet dévoila d’un puissant faisceau blanchâtre l’intense végétation par lequel nous étions passés un peu plus tôt. Les bruits continuaient, ils consistaient à de la végétation qu’on frotte, de la ramure qu’on craque et des feuilles mortes sur lesquelles on marche. Grossièrement tous les sons caractéristiques indiquant qu’un être vivant se frayait un chemin à travers une épaisse verdure.

Ce qui ne nous rassurait pas le moins du monde.


Nous avions nos deux paires de yeux braqués vers la provenance des bruits, nous préparant à dans l’éventualité d’un danger, et auquel cas à décamper au plus vite en tapant notre meilleur sprint. Personnellement, l’angoisse ressentie impacta sur mon imagination, de ce fait je m’attendais à paradoxalement voir apparaitre, au mieux un petit lapin faire surface aux pieds des buissons, ou au pire du pire apercevoir une silhouette humaine imposante surgir brutalement des fourrés.


Mais après un long moment à scruter le périmètre, nous n’avions remarqué aucune anomalie visuelle ni même la végétation se mouvoir en réaction au passage d’un animal, absolument rien.

Et c’est à ce moment que les bruits s’estompèrent soudainement, pour refaire place au son continu de l’averse.


Nous nous regardâmes à nouveau avec Juliette, mais cette fois, à travers son regard je pouvais déduire que toute l’assurance et la détermination dont elle avait fait preuve dans ce projet, tout cela avait pris subitement congé. A la place, c’est un visage arborant des yeux de brebis apeurés soulignés de minces lèvres tremblotantes qui me fit face. Une scène qui me fit réaliser que les rôles s’étaient inversés, et que je demeurais maintenant la personne sur laquelle on se rassurait.

Je la vis tourner la tête, comme dans une ultime tentative de camoufler ses traits terrifiés, qu’elle semblait visiblement avoir du mal à assumer derrière ses prétentions de « magicienne ».

Je l’entendis lâcher un profond soupir en direction du sol, avant de lentement relever la tête vers moi.

- Très bien, rentrons... Dit-elle en mâchant ses mots sur un air vaincu, avant de reprendre à ma plus grande crainte. Mais avant, laisse-moi faire quelques photos ! Conclua-t-elle finalement sur une note légèrement plus enthousiasmée.


C’est un peu soulé que je lui sommais de faire vite, mais au fond de moi j’étais quand même bien rassuré à l’idée de quitter ses lieux d’un instant à l’autre. Alors qu’elle faisait ses prises, pour passer le temps, je baignais en plein dans mon imagination, me visualisant retrouver la chaleur de mon chez moi, et m’empresser d’aller savourer une bonne douche chaude et ce pendant de longues heures, en dépit des factures faramineuses que cela pouvait engendrer à mes parents.

Mais je fus brutalement tiré de mes pensées, quand la voix terrifiée de Juliette émit mon nom.

- Carl, ça recommence...

A notre plus grande épouvante, la même agitation qu’il y a quelques minutes venait de refaire surface. A la différence que maintenant, ça venait des massifs situés à l’avant du bosquet, soit complètement à l’opposé du premier endroit où nous les avions entendus.

En conséquence, Juliette qui fut la plus proche de la source du bruit, apeurée vint se précipiter vers moi pour prendre refuge à mes côtés.

- Ta lampe, ta lampe ! Lui répétais-je car celle-ci l’avait rangé au profit de son appareil.

Mais à peine avait-elle mis la main dessus que le silence retomba de plus belle. Nous baignions alors tout les deux dans la stupeur la plus totale, décontenancés par la confusion apparente de la situation.


Quelques secondes s’étaient écoulées, quand de la précipitation se mit à éclater juste dans notre dos, puis nous n’avions même pas eu le temps de nous retourner que des bruits similaires jaillirent à notre droite.

Et puis simultanément, cela se mit à se manifester aussi à notre gauche. Nous donnant la sensation que des êtres se mouvaient à l’intérieur de l’intense végétation qui entourait le site, mais curieusement sans oser mettre un pas en dehors de celle-ci.


A présent, il y eut une telle multitude de sons jouant de part et d’autre du bosquet, qu’il apparaissait clairement que nous étions désormais encerclés. Désespérés, nous étions collés l’un à l’autre, dos à dos ne sachant pas où porter le regard, nous préparant à éventuellement faire face à des entités déboulant vers nous.

Le raffut persista pendant encore une longue minute, avant de prendre un terme d’une manière toujours aussi inattendue. Nous nous échangeâmes une nouvelle fois toujours le même regard confus, prenant par la même occasion conscience de la forte intensité de nos deux respirations à travers la pluie.


Puis déchirant le calme qui n’aura pas fait long feu, une sorte de long gémissement grave qui s’apparentait à un long râlement, fit fureur d’une provenance inconnue.


Désemparée, Juliette laissa échapper un hurlement horrifié. Refusant de me soumettre à mes émotions, je fus décidé à prendre les devants. Je pris Juliette par les deux épaules, plongeant le regard à travers ses deux prunelles bleuté.

- Passe devant et cours ! Suis le même chemin que tout à l’heure ! Je suis juste derrière toi ! Lui hurlais-je avec le ton le plus autoritaire que je pouvais prendre.


Dans un premier temps, elle resta plantée là, me fixant du même air terrifié, semblant paralysée par sa peur.

- Cours je te dis ! Lui répétais-je après l’avoir d’une petite tape, légèrement poussé en direction des buissons par lesquels nous étions entrés dans cet endroit damné.


De grâce, elle percuta enfin, et c’est à partir de ce moment que nous nous engagèrent dans la course de notre vie, guidés par la seule lueur d’une lampe torche. Nous nous fondions au coeur des fourrés, dans un sprint d’une folle intensité, brisants la ramure et fouettant les diverses herbes et végétaux qui eurent le malheur de se trouver sur notre chemin. L’adrénaline nous faisant abstraction de la douleur de toute éraflures et coupures éventuelles.

Après être finalement sorti des entrailles de ce mur végétal, c’est l’épaisse pente rocailleuse qui s’élevait face à nous, d’un air de défi pour nos deux petites silhouettes.

Ni une ni deux, c’est dans la même dynamique que nous commençâmes la montée. Cela ne fut pas chose aisée, en addition de l’épuisement brut que pouvait causer une ascension en pleine course, le sol était glissant et arpenté de cailloux, nous freinant considérablement à travers moult glissades.

Nous étions à la moitié du sentier pentu, quand devant moi, je vis Juliette glisser une troisième fois pour l’entendre gémir d’une façon abattue, semblant totalement résilié. Je m’empressais à son niveau dans l’optique de la relever, la revigorant par la même occasion à travers quelques mots remplis d’entrain.

Et nous poursuivions jusqu’au sommet, contraints de réduire l’allure au vu des obstacles rencontrés, et puis surtout parce que nous étions partiellement léssivés.

Arrivé en haut, nous ne pouvions résister à marquer un temps d’arrêt, soufflant du mieux qu’on le pouvait, le corps avaché et les mains sur les genoux.

Je n’hésitai pas à jeter un coup d’oeil derrière, pour m’assurer que rien ne nous avait suivis. Du sommet, le site figurait maintenant loin en bas, couvert dans l’obscurité par lequel on pouvait tout de même à moitié deviner la pâleur des menhirs, et ce à travers la cime des pins qui recouvrait le bosquet. J’abaissais le regard, pour le porter au contrebas, à savoir au pied de la pente avec les abords du bosquet qui se tenaient en amont. Malgré la crainte d’y repérer des ombres se presser en notre direction. Il n’y eu absolument rien, conclusion faite au terme d’une longue observation attentive.


- Bon nous ne sommes pas suivis visiblement. Dis-je, faisant part de la bonne nouvelle à Juliette. Entendant cette dernière répondre d’un Ah ! Suivis d’un soupir de soulagement.


- Mais on est sûr de rien, donc poursuivons ! L’avertissai-je tout de même avant de lui sommer d’ouvrir la marche.


La descente fut évidemment bien plus simple que la rude ascension de plus tôt, l’esprit allégé par le fait que nous savions désormais que nous n’étions pas suivi, ou du moins que nous avions une très longue marge.

C’est donc que nous descendions la colline dans un léger trottement, en prenant mieux le temps de ne pas glisser ou tomber, et en ajustant au mieux possible notre élan.

Ainsi c'est sans encombre que nous arrivions donc en bas, pour faire face à la bordure du bois, qui se présentait comme le dernier obstacle entre nous et la civilisation.


Les grands arbres qui composaient ce dernier, baignés dans une profonde obscurité, paraissaient à ce moment-ci, bien plus massifs et intimidants que tout à l’heure. Mais cette impression ne nous fit pas barrage pour autant, et c’est sans aucune réticence que nous nous enfoncions dans les bois.


Là, le reste du sentier fut une partie de plaisir par rapport à ce que nous avions affronté.

Le chemin était plus large, linéaire et épargné de toute végétation invasive ou de recrudescence de cailloux. En bref c’était le tapis rouge qui nous menait droit à notre village.

Le contraste eut un effet anxiolytique, et nous commencions à progressivement décompresser, au point où nous nous surprenions à marcher paisiblement comme si rien n’était arrivé.

Un petit quart d’heure après, et nous arrivions enfin à notre village, et ce en un seul morceau à notre plus grand bohneur. (Si l’on ne compte pas le grand nombre d’échymoses et d’éraflures que nous avions subies tout le long).


A partir de là, nous nous séparâmes pour gagner nos domiciles respectifs, non sans nous être dit un subtil Au revoir, qui fut toutefois imprégné par un ressenti mutuelle de gêne. Nous nous promettant aussi de ne faire part à personne de ce que nous avions vécu là-bas.


Le retour chez moi ce fut aux coups de huit heures trente du soir, accueilli dans le mécontentement de mes parents, visiblement offusqués de me retrouver dans un état aussi insalubre et trempé de la tête au pied, en plus d’être rentré tard.

Evidemment je ne leur ai pas dit un mot de l’événement dont j’avais été témoin, comme nous nous étions entendus avec Juliette qui devait faire de même auprès de son entourage.

A ma plus grande aise, je pus passer le reste de la soirée jouissant de tous les conforts, dans lesquels j’avais pu m’imaginer alors que j’étais en plein dans les abysses de ce bois de misère.

Puis après avoir gagné ma chambre, pour me retrouver face à moi-même. Je fus submergé par un déluge d’interrogations par rapport à l’étrange scène, dont j’avais été spectateur contre mon gré.

Le gros de mes pensées fut exclusivement consacré à l’élaboration de diverses théories, cherchant à rationaliser les étranges manifestations que j’avais entendues.

Mais il y eut une question en particulier, qui proéminait sur toutes les autres.


Car je m’étais rendu compte qu’à aucun moment mon amie ne m’avait informé du genre de chose qu’elle avait l’intention d’invoquer. Et j’étais bien résolu à aller lui poser le surlendemain, quand nous aurions cours.


Inutile de vous dire que la nuit fut compliquée, difficile de s’assoupir avec un esprit tourmenté par autant de questions sans réponse.


Maintenant j’aimerais raconter une chose qui peut paraître anecdotique, mais qui s’est passée la nuit suivante, aux alentours de dix heures du soir.

Alors que j’étais au lit, en pleine phase d’endormissement. Je fus réveillé par ce qui semblait s’apparenter à des râlements rauques qui émanaient de ma fenêtre. Evidemment, vivant en zone rurale, c’était plus que commun d’entendre tout un panel de bruits étranges émis par des animaux sauvages ou domestiques. Cependant, je n’avais jamais entendu un timbre aussi grave en une dizaine d’années à crécher ici.

Pris par la curiosité, je me levais péniblement au dépit d’une lourde fatigue, pour aller ouvrir la fenêtre qui donnait sur une cour d’une propriété adjacente.

Je ne mis pas longtemps pour apercevoir une paire de globes grisâtres me scruter intensément au pied de la maison.

Ces yeux appartenaient à ce qui devait être un vieux chat, dont les lueurs de la lune laissaient deviner une mine grincheuse et ridé, ainsi qu’une robe pâle constituée de longs poils fileux. Malgré son regard qui paraissait trop fixe même pour un chat, je ne pris pas trop attention à ce détail et partis me re-glisser sous la couette.


C’est le matin qui suivit que je retrouvais Juliette dans la hâte, ne pouvant patienter plus longtemps pour lui poser la fameuse question. Après s’être isolé dans un endroit du lycée, à l’abri des regards, c’est porté par la détermination que je laissais échapper ma question.


Dans un premier temps, je la vis déglutir, apparemment mal à l’aise quant à l’idée de se remémorer de ces événements. Puis elle mit enfin des mots sur l’objet potentiellement invoqué par ses incantations:

- Oh... Le spectre d’un félin il me semble... aux poils beiges.