Le soleil était en plein zénith, projetant ses rayons sur la petite mare qui gisait là au beau milieu de cette prolifération de plantes exotiques. De majestueux ficus plafonnaient le lieu de leur larges feuillages, à travers desquelles les éclats du soleil faisaient souligner leurs couleurs verdâtres. Plongeant dès lors la scène dans une rafraichissante lueur d’un vert aussi clair que la lumière.
Il y faisait une chaleur étouffante, d’ailleurs celle-ci était combinée avec une humidité type d’un sauna. Cependant cela dérangeait aucunement la faune locale, qui, comme à son habitude, vaquait à ses occupations à l’allure de chaque âme qui la composait. Oh, il y avait de tout dans cet endroit, des petits insectes minuscules accrochés aux longues tiges des végétaux qui bordaient les rives, en passant par les discrets rongeurs se faufilant par ci et là dans la pénombre des fourrés, puis en finissant par ces oiseaux de tailles aussi variées que la couleur de leur plumage, ceux-ci s’abreuvant ou s’autorisant un en-cas au gré de la présence de petites bêtes voletant à la surface de l’eau.
Au vu du cadre des plus naturels qu’inspirait cet endroit reculé, rien ne laissait transparaitre qu’un quelconque évènement perturbateur vienne bousculer la paisibilité des lieux.
Et pourtant en ce jour, il y figurait quelque chose d’inhabituel. Car oui, une masse longue inerte gisait là, allongée au bord même du petit plan d’eau. C’était une personne, un être humain, le corps vêtu dans des vêtements de couleur terne, choses complètement étrangères pour les êtres vivants indigènes de l’endroit, qui n’avaient par la même occasion jamais vu passer un tel genre d’être bipède dans les parages.
Que dire de cette personne ? Il s’agissait vraisemblablement d’un homme, au vu de la subtile pilosité qui recouvrait son visage. Il semblait jeune mais pas trop non plus, peut-être dans la trentaine. Il était de taille moyenne, un petit peu mince, il présentait un visage plutôt ovale surplombé par une coupe assez courte, quasi militaire si on peut dire. Mais sans nous attarder trop sur les détails, l’aspect visuel le plus curieux qui apparaissait chez cet inconnu, figurait sur une des parties latérales du haut de son cou.
Car en effet, il y avait cette rougeur typique d’une ecchymose, mais celle-ci contrastait avec des inscriptions en lettres latines de couleur noire. Ce n’était pas une simple phrase à connotation philosophique, non, il s’agissait d’une liste d’informations tenue dans une présentation semblable à celle d’une carte d’identité.
On pouvait donc lire :
« Name : MAWET Isaac
DoB : 10 January 2021
HomeTown : Liège, Belgium
Blood type : AB
Assigned number : 10 »
Mais comment et pourquoi cet Isaac avait-t-il eu l’idée d’exposer une partie de son intimité aux yeux de tous ? A moins que ce ne soit l’acte d’un tiers. Après tout, la présence d’une rougeur se diffusant sur la zone tatouée pouvait indiquer que cela avait été certainement fait récemment. Et au vu de la distance qui séparait l’île de toute trace de civilisation, il est peu probable qu’on puisse trouver un salon de tatouage dans cette jungle.
Donc cela nous amène à une question cruciale, à savoir pour quelle raison avait-on décidé de dévoiler les informations intimes relatives au jeune homme, à la vue de tous.
Mais c’est alors que notre garçon se mit à entrouvrir les paupières, et à donner ses premiers signes de lucidité depuis seul Dieu sait.
Il fit de même avec ses lèvres avant de prendre une grande inspiration par la bouche, pour expirer profondément. Puis il se mit à cligner successivement des yeux et à mouvoir l’intégralité de son corps comme durant ses intenses réveils qui mettent un terme à de longs sommeils. En réponse aux gestes soudains de cet étrange animal bipède, la faune se tut d’un coup, les oiseaux s’envolèrent dans une seule et même nuée, et les poissons plongèrent dans les abysses les plus profonds que pouvait offrir leur mare.
Ainsi notre jeune homme leva progressivement le haut du corps, puis une fois fait, observa attentivement les paumes de ses deux mains. Il grimaça dans un premier temps, car il venait de se rendre compte que sa main gauche était humide et dégageait une odeur peu agréable.
Et en effet, car il se trouvait effectivement que celle-ci avait trempé sur la surface de l’eau stagnante tout le long de son état d’inconscience.
Et après avoir contemplé ses deux mains sous tous leurs angles possibles, il jeta un long regard circulaire sur l’environnement qui l’entourait. C’est là que sa mine se dévisagea pour se muer en une expression anxieuse emplie d’une vive confusion.
- Qu’est-ce que je fous dans cette putain de jungle, bordel de dieu ? ! Commentait-il à lui-même sur un ton qui reflétait l’angoisse grandissante en lui.
Il était plus que déconcerté, car il n’avait aucun souvenir d’un quelconque voyage dans une région exotique. En fait le dernier souvenir qui subsistait dans sa mémoire, fut lui même marchant le long d’une rue fréquentée, en pleine ville. Pour aller fêter le nouvel an 2052 auprès de son entourage, dans la résidence de sa tante.
Mais apparemment, la scène tropicale n’avait l’air de ressembler en rien à la décoration soignée du chic appartement de la sœur de sa mère.
Tout ce qui l’entourait à ce moment-ci lui était totalement étranger.
Il était très impressionné, voire effrayé par cette flore au gabarit totalement disproportionné, arborant d’énormes tiges, des feuilles aussi larges que des parapluies et ses boutons de fleur faisant la taille d’une main humaine. La nuance en était flagrante par rapport aux vulgaires pissenlits et buis taillés du square du quartier.
C’est ainsi qu’au terme de sa longue observation minutieuse des différents éléments qui l’entouraient, il ressentit le besoin crucial de quitter l’endroit au plus vite. Dans l’espoir de trouver une quelconque aide, et si possible des réponses qui pourraient éclaircir ces vastes zones d’ombre qui le turlupinaient tant.
Dans un effort qui lui fut bien pénible, c’est dans une certaine lenteur qu’il se leva, en appuyant tout son poids à travers ses deux jambes souffrantes. Une fois debout, il fut sujet à de légers tournis, et c’est par réflexe qu’il prit sa pauvre tête dans les mains dans l’espoir d’y alléger ses maux de tête.
Il parut figé dans cette stature durant de longues minutes, mais à son plus grand regret ses douleurs demeuraient toujours présentes.
Peu importe, dans l’absolu il fallait qu’il s’en aille de cet endroit, et il ne tarda pas à choisir dans quelle direction il allait s’engager, il partit vers celle qui lui avait fait face tout le long, a savoir ces deux grands palmiers qui se croisaient en hauteur, formant alors comme une sorte d’arche naturelle.
La marche était pour le moins compliquée, car ses jambes le tiraillaient via une multitude de courbatures, et l’intérieur de sa tête lui semblait être le théâtre d’un concert de métal. Mais cela ne l’arrêta pas pour autant, il demeurait toujours aussi animé par sa quête de réponses.
C’est dans ce tempérament infaillible qu’il se fraya un chemin à travers l’épaisse végétation qui dominait cette jungle. D’ailleurs, il avait pris le loisir de se saisir d’un bâton au sol, qu’il balayait en va-et-vient, fouettant les hautes herbes et les fourrés qui se trouvaient sur son chemin. Il ne savait pas où il allait en fin de compte, il se contentait de tracer une simple ligne droite, continuant ainsi jusqu’au premier signe de présence humaine qu’il apercevrait.
Mais le temps s’écoula, et après peut-être un bon quart d’heure à traverser la verdure de cette manière, les troncs allongés des cocotiers, les palmiers et autres arbres exotiques majestueux persistaient encore à être les seuls éléments visibles à l’horizon, en plus de ces massifs de végétaux à n’en plus finir.
Il prit donc une pause, l’histoire de souffler une minute. Il était complètement lessivé et parcouru par toute une panoplie de sensations qui le démangeaient. En plus des maux de tête et des courbatures, la surface de sa peau était trempée de sueur sur la quasi-intégralité de son corps, chose qu’il n’avait jamais supportée même lorsqu’il s’agissait de simples auréoles à la fin d’une séance de sport. Mais en plus de cette gêne, il sentait des choses le parcourir, des bestioles pour dire simplement, qui s’étaient faufilées sur lui, probablement des centaines de feuilles qu’il avait frôlées sur son passage.
Il pouvait sentir ses nuisibles se mouvoir sur sa peau, et il lui arrivait même de sentir de petites douleurs vives à des endroits variés de son corps.
Et comme si ce n’était pas assez, il y avait aussi toute cette nuée de moustiques qui lui volaient sous le nez, l’attaquant sans relâche vers le niveau du cou ou le visage.
Il était véritablement au bout de lui-même, mais alors qu’il lâchait un dernier long soupir, il lui parut percevoir comme des gémissements répétés sur sa gauche. Naturellement il jeta un coup d’œil vers l’endroit d’où cela émanait.
Malgré ce faible champ de vision que lui imposaient les hautes herbes, il put tout de même apercevoir ce qui ressemblait à un petit talus surplombé d’épaisses fougères à un peu près cinquante mètres. Et par la confiance qu’il avait en son ouïe, ces sons qui ne ressemblaient en rien à ceux qu’il avait entendus depuis son réveil, provenaient droit dans cette direction.
Tout impatient à l’idée de peut-être faire la rencontre d’un naufragé dans la même galère, cela lui fit oublier toutes ses souffrances l’air d’un instant, et c’est dans la hâte qu’il se dirigea vers la butte, redoublant d’énergie à battre les fourrés qui le séparaient de celle-ci.
Quand il atteignit enfin le pied de celle-ci, il l’escalada en s’aidant des mains, cela ne fut pas chose aisée, et il ne manqua pas de glisser deux ou trois fois du fait que la terre s’effritait assez facilement le long de la pente.
Mais au bout du compte il réussit à atteindre le haut, et c’est à ce moment qu’il put jouir d’une vue sur ce qui se tramait au contrebas.
Là, il y avait une clairière un peu semblable à celle dans laquelle il s’était réveillé, excepté qu’il n’y avait aucun point d’eau, et que le sol ne se résumait uniquement qu’à une terre sableuse sur laquelle nul végétal ne poussait.
Mais ce n’était pas ça le plus troublant, car au centre il y demeurait une silhouette humaine assise à même le sol les jambes croisées, la tête soutenue par les deux mains, faisant dos à notre protagoniste. Il ne put voir d’elle seulement qu’une longue chevelure brune, qui semblait lisse et soignée, ce qui laissait supposer que cette âme devait certainement être du genre féminin.
Il comprit alors qu’il avait enfin trouvé la source de ces « gémissements », qui s’avéraient n’être en réalité ni plus ni moins que des pleurs féminins.
En premier, il n’osa pas interpeller cette malheureuse femme, peut-être était-il ému par la mélancolie que lui inspiraient les sanglots. Car étrangement, il pensait qu’il aurait l’impression d’interrompre irrespectueusement une performance artistique en cours. Pourquoi ? Il n’en savait rien.
Mais dans une situation aussi précaire et urgente, il ne pouvait ignorer personne qui soit susceptible de lui fournir aides et éclaircissements.
Il racla sa gorge, et l’interpella d’une voix haute, mais pas trop élevée non plus pour ne pas effrayer son interlocutrice :
- Hé ! Vous allez bien là-bas ?!
Les pleurs s’interrompirent dans un cri de surprise teinté d’angoisse, il aperçut la silhouette de cette femme se retourner rapidement. C’est là qu’il croisa finalement le regard d’une jeune femme, le visage crispé de tristesse, les joues rougies et sur lesquelles la lumière du jour reflétait les sillages des larmes.
A travers une expression toujours aussi meurtrie, c’est alors qu’elle eut l’air de lui bredouiller quelques mots, seulement dans une langue qui lui était parfaitement inconnue.
Frustré de ne pouvoir correctement comprendre ses paroles, il se décida à partir à la rencontre de cette mystérieuse demoiselle.
Il descendit le talus dans un petit trottement, puis foula le sol nu et souple, qui lui parut largement plus agréable que les broussailles qu’il avait traversées un peu plus tôt.
Mais à son approche, la jeune femme se leva dans la précipitation, paraissant méfiante à l’égard de la présence d’Isaac. Elle ne cessait de déblater des paroles dans une exclamation de crainte et de méfiance, à travers de légers sanglots. Mais en dépit du fait qu’Issac ne la comprenait toujours pas.
Quand la distance entre lui et elle ne se résumait plus qu’à une dizaine de mètres, il réduisit considérablement la cadence, et exécuta des gestes tendres avec ses mains à plat, de manière à montrer ses bonnes attentions et surtout sa non-hostilité.
- Doucement, doucement, je suis dans le même bourbier que toi. Dis t-il sur une note qui se voulait la plus docile et douce possible, et dans la langue de Shakespeare, espérant que celle-ci la comprenne.
A son plus grand bonheur, il vit les traits craintifs sur le visage de la jeune femme se détendre au fur et à mesure qu’il lui soufflait ses paroles emplies de tendresse.
La femme, qui à présent arborait une expression un peu plus confiante, lui rétorqua enfin dans une langue qu’il comprenait, mais nuancée par un fort accent d’Europe de l’Est :
- Qui êtes-vous ? Où suis-je ? J’ai si peur.
C’est dans un bref récit, qu’Isaac lui résuma toute la situation depuis son réveil, en plus de partager le fait qu’il demeurait aussi perdu qu’elle l’était.
Il lui raconta tout, en se forçant à maintenir cette même intonation réduite et suintant la légèreté. Ce qui, à son profit, parut faire mouche, dans la mesure où la jeune femme semblait enfin apaisée, allant jusqu’à même sécher ses larmes devant notre protagoniste.
Mais alors qu’il venait de souffler ses derniers mots, il se mit subitement à froncer les sourcils pour prendre un air interloqué.
Car il venait tout juste de remarquer ce qui semblait être un paragraphe, tout juste tatoué sur la partie supérieure du cou de la jeune fille.
Pleinement intrigué, il fit quelques pas légers dans l’optique de pouvoir lire cet étrange tatouage, sans se douter que lui aussi en était sujet.
La jeune femme, un peu surprise sur le coup, se mit à reculer par réflexe avant qu’Isaac ne la rassure, lui faisant part qu’il avait juste aperçu une anomalie sur son cou et qu’il souhaitait seulement y jeter un coup d’œil.
Alors la jeune fille décidément de plus en plus en confiance à l’égard de notre jeune homme, lui exhiba son cou, mais en n’omettant pas d’y manifester une légère gêne toutefois.
C’est là qu’il put enfin lire ces lettres sombres qui contrastaient avec une rougeur sur la peau :
« Name : ATASOV Slavena
DoB : 13 January 2026
HomeTown : Sofia, Bulgaria
Blood type : A-
Assigned number : 13 »
Il trouva cela très inhabituel pour un tatouage, et ne put résister à la tentation de demander à la jeune femme si elle s’était fait tatouer sur cette partie du cou.
Ce à quoi Slavenia, de son prénom, lui répondit que « évidemment non », mais en précisant tout de même à Isaac, que lui aussi arborait d’étranges inscriptions au cou.
C’est à ses derniers mots que celui-ci porta alors machinalement la main à son cou, palpant ce dernier sur toute sa surface. Il ne sentit rien d’anormal en premier lieu, jusqu’à ce qu’il ne tarde pas à sentir les symptômes caractéristiques d’une zone enflammée vers le haut de son cou. Craignant le pire, c’est sur un ton qui avait mué en une forme qui avait perdu de sa sérénité, qu’il demanda à son interlocutrice de lui lire les inscriptions sur sa peau.
Elle se mit donc à le lui lire, et c’est au fur que les mots se glissèrent des lèvres de la jeune femme, que son visage se décomposa d’épouvante. Mais alors qu’elle venait à peine d’en finir la lecture, de l’agitation se fit entendre en direction de la petite butte, juste derrière Isaac. On crut entendre ce qui ressemblait à quelque chose qui chemine à travers une intense végétation, ainsi qu’un éboulement de cailloux, des bruits très similaires à ceux que notre protagoniste avait émis lors de son escapade, plus tôt.
Au même moment, Isaac vit le regard de sa compère Bulgare quitter délicatement le sien, pour le porter vers le talus en arrière. Il vit les perles bleutées de la Bulgare se dilater, pour réexhiber la même mimique craintive d’il y a quelques minutes.
Il se retourna naturellement, et après un moment à scruter la surface herbeuse du talus, ils aperçurent finalement deux hommes y émerger, à leur grande surprise.
Ils présentaient, à l’instar d’Isaac une apparence propre et soignée, vêtus dans des vêtements de jour assortis de pantalons de marque, et ce qui fut le plus intriguant dans leurs tenues, fut probablement leur paire de lunettes de soleil noire, qui procédaient à dissimuler l’entièreté de leur regard respectif.
Dans l’état des choses, c’était un style vestimentaire raffiné qui ne cohérait absolument pas avec le genre de lieux dans lequel ils se trouvaient. C’était comme si on les avait arrachés de leur milieu urbains huppé contre leur plein gré, pour les mettre en plein cœur d’une jungle pour une raison inconnue.
Toutefois malgré la ressemblance qu’ils partageaient avec lui, il ne put s’empêcher d’éprouver un mauvais pressentiment. Probablement du fait, que ces deux gaillards étaient restés de marbre et silencieux depuis leur apparition, se contentant d’observer passivement leurs deux semblables derrière les verres teintés de leurs lunettes.
Isaac finit par mettre un terme à ce silence pesant. D’une voix qui se voulait amicale mais qui trahissait tout de même une certaine méfiance, il s’exclama, toujours en anglais :
-Euh, Bonjour ! Vous avez besoin d’aide ? Il marqua un temps d’arrêt, s’attendant à ce que les deux hommes lui répondent, en vain. Je suppose que vous vous êtes aussi réveillé mystérieusement sur cette île, en ignorant la raison même de votre présence ici, hein ?
La seule réponse qu’il reçut fut le cri strident d’un oiseau passant dans les cieux, ni plus ni moins.
Décidément, ces deux étranges personnages persistaient encore et toujours dans leur observation muette, suscitant davantage de crainte chez Isaac.
Mais, un court instant après, l’un des deux se mit soudainement à mouvoir un bras, passant la main au-dessus l’épaule, vers le dos, comme pour se saisir de quelque chose.
Nôtre protagoniste vit alors la main de l’individu empoigner un objet long et flexible de son dos, qu’il fit passer au dessus de sa tête, pour le manier devant lui. Objet qu’Isaac n’avait visiblement pas perçu au cours de leur éternel échange de regard, faute de proximité.
Très vite, il ne tarda pas à identifier la chose, qui à sa plus grande crainte correspondait à l’apparence type d’un arc.
Déduction dont il fut plus que certain, quand il vit l’homme prendre ce qui semblait être une flèche, d’un supposé carquois dissimulé lui aussi sur son dos.
Il n’attendit pas une seconde de plus pour connaitre les véritables attentions de ce dernier, et c’est envahis par un shoot d’adrénaline, qu’il prit la main de Slavena, les entrainant tous deux dans un sprint frénétique, en direction de la lisière de la jungle la plus proche.
Seulement, au grand malheur de ces derniers, courir à vive allure sur un sol sableux, s’avère être d’une peine sans nom. Ainsi fut-il considérablement réduit dans leur course vers la lisière la plus proche.
Cela n’empêche qu’ils coururent du plus vite qu’ils le pouvaient. En s’efforçant à sortir leurs pieds aussitôt que ceux-ci commençaient à peine à s’immerger dans ce sable de misère.
La dépense en énergie qu’exigeait chacun de leurs pas fut quadruplée, et cette distance résumée à une vingtaine de mètres qui les séparaient de cette fichue bordure leur paraissait être une affaire de kilomètres.
Cependant, après qu’un certain temps se soit écoulé, les nervures des feuilles qui composaient les buissons à la lisière commencèrent à se détailler au millimètre près.
Mais tandis qu’Isaac s’apprêtait à faire plonger tout son corps dans la masse de broussaille qui lui faisait face, il sentit ce qui ressemblait à un contact glacial lui parcourir l’abdomen de bout en bout.
La seconde d’après, il se surprit à s’écrouler d’une manière des plus subites, dans l’impossibilité la plus complète de pouvoir respirer.
A présent, il gisait là, la tête à demi enfouie dans le sable, une expression faciale penchant doucement vers le vide, avec en prime la saveur métallique de rejets de sang incontrôlés, lui remontant le long de l’œsophage.
Ainsi ce sont les exclamations épouvantées de sa compère, s’éteignant progressivement parmi les profondeurs de la jungle, qui furent les derniers sons qui lui firent à jamais écho.